AG entraide 2015

Extrait du Rapport Moral  des 50 ans de l’A.G. du 21 mars 2015 du DIACONAT

      Aujourd’hui, j’ai l’honneur de présider la 50ème AG du Diaconat ou Entraide des Iles de Saintonge, association loi 1901 dont les statuts furent déposés en juin 1966 à la sous-préfecture de Rochefort, puis rajeunis et modifiés il y a 10 ans lors de l’AG 2005 (ils en avaient besoin !) avec l’aide de Fr . Faure, notre pasteur du moment. On peut y lire :

« L’association a pour but exclusif l’assistance et la bienfaisance.

A l’écoute et au service des personnes et des familles, quels que soient leur pays d’origine, leur appartenance spirituelle et leur situation sociale, elle s’efforce :

-De sensibiliser ses membres à toute question concernant la solidarité et l’entraide.

-D’organiser ou de soutenir, par elle-même ou en collaboration avec d’autres associations ayant des buts semblables, toute action d’assistance et de bienfaisance permettant de manifester une solidarité concrète et efficace.

Assistance, bienfaisance, écoute, service, entraide, soutien, collaboration, solidarité : tout un programme prêt à traverser des décennies de « détresse » en tout genre. En tant que protestants, nos racines chrétiennes sont riches et porteuses de sens, mais nous ne voulons pas, pour autant, les porter comme des étendards, encore moins comme des boucliers. Nous voulons prendre le risque de la rencontre avec tous ceux qui traversent des moments difficiles, mais aussi avec nos partenaires œuvrant dans la même direction ; Croix Rouge, Secours Catholique, Collectif Caritatif mais aussi les CCAS et les assistantes sociales.

    50 ans après, force est de constater que nous sommes toujours présents et nous avons la prétention de nous croire « utiles ». 50 ans de travail laborieux, de petites victoires remportées sur l’isolement, le découragement, la perte d’estime de soi, le désespoir souvent.

Tout au long de ces 50 années revient régulièrement, comme un fil rouge, « la place du diaconat dans l’Eglise ». Il faut avouer que les relations sont très étroites, même si ce sont deux associations différentes, l’une cultuelle, loi 1905, l’autre culturelle, loi 1901. On dirait un vieux couple, d’ailleurs n’est-ce pas ses noces d’or aujourd’hui ?

     Je ne peux résister à vous livrer quelques moments clés, évènements marquants durant ce demi-siècle. A l’origine, l’isolement des personnes âgées, des malades, était un souci porté par l’équipe pionnière. Des rencontres à domicile s’organisent, notamment à Noël. Dès les premières années des balades sont programmées avec des personnes de la Maison de Retraite de Marennes pour les sortir de leur quotidien ; quelques années plus tard Darcy-Brun se joindra à cette joyeuse troupe. Bonne humeur garantie et souvenirs à la pelle.

    Déjà, en 1971, G. Coudin pointe du doigt le besoin d’une bourse aux vêtements pour les plus démunis. Il faudra deux ans avant qu’elle soit lancée, tout d’abord dans l’ancien presbytère, rue Le Terme, à Marennes, puis dans les locaux accolés au temple. A la bonne surprise générale il devient vite la source indispensable de revenus pour toutes les actions du diaconat.

    A l’automne 1976, après plusieurs mois de gestation, un vestiaire à La Tremblade ouvre ses portes au presbytère sous la houlette de Mme Noël qui le portera à bout de bras jusqu’en 2006. Un autre, sur l’Ile d’Oléron au Château, a aussi vu le jour en septembre 1980. Ces deux magasins n’ont pas eu le succès de Marennes mais apportaient régulièrement leur pierre à l’édifice, créant ainsi des lieux de partage et d’accueil. Ce qui fit la notoriété et la longévité de la boutique de Renée Delavoye, outre le personnage, fut sans contexte son emplacement au sein de la cité. Située en plein cœur de la ville, accolée au temple en toute discrétion ne vous fiez pas à sa modicité. Depuis 45 ans il offre tous les jeudis un espace de convivialité, de bonne humeur mais où l’on peut y croiser les plus grandes détresses. Aujourd’hui, quelques années plus tard, nous cherchons encore et toujours … de la place. Mais ça, c’est une autre histoire !

    Depuis 2009 nous sommes atteints, tous les ans à la même époque, d’une fièvre chronique que l’on peut aussi nommer « brocante du 15 août à Marennes ». C’est Guy Rouyer, trop tôt parti, qui nous avait poussés dans cette odyssée. Là aussi notre situation géographique s’est révélée une aubaine. C’est toujours une journée épuisante mais dont le jeu en vaut la chandelle. Puisque les boutiques solidaires rapportent de l’argent il est impératif de le dépenser, bien sûr, et les idées ne manquent pas :

-Des aides locales : dès 1976 déjà, puis le Diaconat est progressivement intégré aux divers services sociaux, lesquels lorsqu’ils ont épuisé toutes les ressources mises à

leur disposition font appel à nous pour aider à régler des factures impayées en cofinancement avec les autres associations caritatives sur les deux rives de la Seudre.

-Des aides nationales  ou internationales : envois de dons à des œuvres  comme la CIMADE, la CAUSE, la Mission Populaire, etc…

     En 1985 le Diaconat adhère à la toute nouvelle Fédération des Entraides Protestantes, aujourd’hui la FEP, qui regroupe 360 associations et fondations dans le milieu médico-social et sanitaire, dont la Fondation des Diaconesses de Reuilly .

     En même temps d’autres combats s’annoncent. En effet, constatant que durant la saison ostréicole des routards rencontraient des difficultés à se nourrir et à se loger, une idée folle a germé en étroite collaboration avec les amis catholiques et les Resto du Cœur. C’est en décembre 1985 que les premiers repas sont proposés aux travailleurs saisonniers pour une somme modique pendant 3 semaines. A l’initiative de Michel North, pasteur à La Tremblade, un point d’accueil voit le jour dans le jardin du presbytère pouvant recevoir 4 personnes. Rapidement un collectif d’associations est créé en 1986 pour donner un cadre juridique à cette aventure humaine. Après avoir atteint son apogée en 1986, les demandes ne cesseront pas de diminuer et en 1995 le Collectif met la clé sous la porte. Qu’à cela ne tienne, d’autres péripéties s’annoncent tout aussi passionnantes avec les distributions alimentaires sur les deux côtés de la Seudre. C’est malheureusement une activité qui perdure dans le temps, et rien n’indique qu’elle puisse un jour devenir inutile, tous les indicateurs de la précarité n’annoncent pas des lendemains qui chantent.

    Depuis 1985 notre Point d’Accueil a su remplir sa mission au-delà de nos espérances. Plus ou moins chahuté au cours de sa vie il a toujours su rebondir pour permettre l’accueil d’une population très hétéroclite, du pasteur en vacances au routard alcoolique en passant par la femme battue ou le travailleur saisonnier. Aujourd’hui, nous nous voyons contraints de le fermer à cause de la réhabilitation du presbytère.

    Consciente qu’il y a encore beaucoup à dire sur toutes ces années passées à faire reculer un peu la précarité je ne peux résister à terminer ce rapport moral un peu particulier par un extrait de celui de l’année 1982 par Mme Delavoye qui rend hommage à sa façon à cette petite armée de bénévoles toujours prête à partir au combat : « Il y a surtout l’interrogation répétée de ce petit groupe d’hommes et de femmes sur leurs difficultés à établir des priorités, leurs contradictions personnelles, leur impuissance dérisoire face à des misères qui les renvoient à la vraie charité dont il nous est dit qu’elle est « patiente, pleine de bonté… qu’elle ne se vante point et ne s’enfle pas d’orgueil, qu’elle excuse tout, croit tout et espère tout, elle supporte tout » (1 Cor. 13 v.4 à 7). N’est-ce pas là une lueur d’espoir ?

    Aujourd’hui le Diaconat est certes au bénéfice de tout ce travail accompli mais la présidente que je suis (4 présidentes seulement en 50 ans ) s’inquiète tous les jours pour l’avenir de notre action. Pendant combien de temps pourrons-nous répondre au nombre grandissant d’appels à l’aide, aurons-nous toujours des bénévoles motivés et en forme pour accomplir ces travaux forcés au vestiaire, comment attirer des jeunes pour nous aider ? Saurons-nous prendre le bon virage, au bon moment ? Je voudrais faire miennes les paroles de Laurent Schlumberger (pasteur, président du Conseil National de l’Eglise Protestante Unie de France) : «  La diaconie nous met à notre juste place, au milieu du monde et devant Dieu. Elle nous place en situation d’interdépendance, de vulnérabilité les  uns par rapport aux autres, et avec Dieu. Et c’est pour notre joie. » Longue vie au Diaconat des Iles de Saintonge. Je vous remercie pour votre attention.

Evelyne Barraud, présidente du Diaconat des Iles de Saintonge.