Mon Dieu est petit

Mon Dieu est petit et je n'en veux pas de grand. Mon Dieu a renoncé définitivement  à utiliser les instruments de la puissance, les ressources de la force. Il a choisi d'être petit. Je ne sais pas si c'est parce qu''il a constaté les échecs de ses tentatives précédentes, parce qu'il n'a pas pu nous améliorer par la peur ou la crainte de son pouvoir. En tout cas il a décidé de changer de méthode, il s'est fait discret, pauvre, sans rien de resplendissant. et même il a choisi des amis pas très reluisants pour l'aider. Ce qui est embêtant c'est quand ça a marché, quand les petits ont été nombreux à trouver en lui - l'écrasé toujours vivant - une raison de fraterniser, d'égaliser les conditions, de se libérer des peurs, alors les puissants ont voulu récupérer mon Dieu, et en faire de nouveau un Dieu très grand. Un Dieu au service des grands, des forts, des violents.

C'est bizarre, il faut que je redise sans cesse que mon Dieu ne veut pas le pouvoir. Qu'il veut seulement la solidarité, la bienveillance. J'ai l'impression que les humains ne veulent pas d'un Dieu faible, qui leur ressemble. Sûrement parce qu'ils ne veulent pas reconnaître qu'ils sont faibles, admettre qu'ils ont besoin les uns des autres, de la bienveillance des autres, de la solidarité.

C'est vrai que c'est difficile de parler d'un Dieu petit, à ras-de-terre. Les gens qui ont des soucis n'imaginent pas qu'il puisse les aider s'il n'a pas de force, s'il ne promet pas la richesse, le succès. Et les gens qui sont installés, ça ne les intéresse pas quelqu'un qui leur demande de regarder l'injustice que subissent les petits.

Il faudrait qu'on parle plus souvent ensemble de notre Dieu petit. Qu'on travaille les uns avec les autres pour comprendre que c'est bon qu'il soit petit, bon pour nous et pour les humains. Il faudrait qu'on apprenne à lui dire merci d'avoir renoncé à être grand.

Olivier Brès, président de la Mission populaire évangélique de France

édito du journal de la Mission populaire évangélique de France et de Soleil et Santé - n°1 printemps 2015