table ronde 26 mai 2016

 

Une soirée à quatre voix

 

                     Ce jeudi 26 mai 2015, à 20h30, dans une des salles de l'ancien tribunal de Marennes, environ quatre-vingts personnes sont venues écouter, puis interroger les intervenants invités à animer une table ronde sur le thème:" Code civil, Coran, Evangiles, Torah, textes sacrés? Quelle autorité?"

                       Olivier Déaux, pasteur des îles de Saintonge, introduit la soirée en posant la question suivante:" Qu'est-ce qui fait référence, le corps religieux ou la dimension sociétale, le croyant étant un citoyen?" et présente les quatre intervenants, le rabbin Yonathan Lévy, le Père Guillaume Salin, le représentant du culte musulman Ahmed Mih et Grégory Gendre, maire de Dolus d'oléron.

                       La parole est donnée au rabbin Yonathan Lévy qui nous rappelle que pour le croyant, ce qui fait force de loi, c'est la Parole de Dieu, ce qui est vrai en France jusqu'en 1791 car jusqu'à la révolution française, les Juifs n'étaient pas reconnus comme citoyens français. Plusieurs courants dans le Judaïsme font que la façon de vivre est bien différente entre un Juif libéral, un Juif orthodoxe, un Juif hassidique... Le Juif orthodoxe est confronté à la laïcité à la française, lui qui doit avoir la tête couverte, des vêtements visibles et manger kashrout (impossibilité pour les enfants d'aller dans une école non confessionnelle). Pour le Juif libéral, il y a une différence entre le domaine privé et le domaine public, le rabbin Sitruk enlevait sa kippa pour rentrer dans une mairie. Dans le Talmud, on peut lire en araméen:" La loi du pays est la loi.". Depuis l'antiquité, c'est à partir de cet adage que les Juifs ont traversé le temps et l'espace. Les lois de la Torah ont été données pour Israël avant de rentrer en Terre Promise, les Juifs n'ont donc pas de remords à faire des compromis car la Loi n'a pas été faite pour vivre en France. Le citoyen français de confession juive doit s'adapter aux lois de la république française. Liberté, égalité, fraternité trouvent leur origine dans les dix commandements, la Bible est universelle car elle donne leur origine aux lois des différents pays.

                        Monsieur Ahmed Mih prend ensuite la parole pour nous dire que jusqu'à la loi sur le foulard islamique, jusqu'au moment où des actes de terrorisme ont été commis en France, l'islam se vivait sans heurts en France et il était bien connu en particulier dans les colonies. Lors des premières immigrations, il y avait très peu de mosquées en France car les hommes venaient seuls et n'avaient pas vocation à rester au pays. Lorsque le regroupement familial a eu lieu, les femmes et les enfants sont venus, des enfants ont commencé à naître en France, donc à être français, les parents ont demandé la naturalisation, cette nouvelle population demande des lieux de culte. Les pratiques musulmanes étant bien différentes que celles de la  République, il faudra du temps pour que les lois de la République soient découvertes et appliquées, par exemple, le mariage religieux se faisait hors mariage civil. La difficulté est que la loi de Dieu est la loi suprême, alors comment s'adapter dans le pays où l'on vit quand ce pays n'est pas un état musulman comme cela était avant l'immigration? Comment vivre cette loi dans le pays d'accueil? Chacun doit craindre la sanction du juge en cas d'infraction à la loi mais encore plus craindre la sanction de Dieu. C'est comme le code de la route, on obéit sans se poser de question.

                       Le Père Guillaume Salin, nous apporte ses réflexions sur l'autorité de la Bible commune en grande partie avec les Israélites. La Bible, des écrits, discours, narrations, exhortations qui couvrent une longue période historique avec une grande variété de styles et d'époques. La Bible, c'est la Parole de Dieu, elle naît dans un contexte social, historique et religieux qu'il faut connaître, contexte dans lequel le texte est apparu. Jésus-Christ lui-même, vrai Dieu, vrai homme est autorité dans l'Evangile. Qu'est-ce que l'autorité pour la religion chrétienne? Celui qui l'exerce, celui qui en est bénéficiaire? C'est la capacité à faire grandir l'autre dans la liberté, dans la vérité. L'Evangile, c'est la Parole de Dieu et aussi la Bonne Nouvelle. Le Christ vient souvent s'opposer au nom de son autorité à des pratiques ou des idées qui ont autorité à son époque. Au début du christianisme, l'autorité de la Parole se heurte à d'autres autorités ce qui entraîne les persécutions par l'autorité en place, cela jusqu'en 313, année où l'empereur Constantin promulgue un édit de tolérance, l'édit de Milan.

                       Les premières communautés chrétiennes vivent en se nourrissant de la Parole incarnée, inspirée par l'Esprit Saint. Les chrétiens sont aussi invités à vivre chrétiennement au milieu d'un monde qui ne l'est pas toujours. L'Eglise reçoit son autorité de Jésus-Christ, de la Parole et de l'Esprit- Saint. Elle reçoit mission de conserver la Parole et de l'interpréter. Avec la Réforme protestante, il y a rupture, car pour Luther, il n'y a qu'une autorité, l'Ecriture, l'Eglise n'a pas autorité. L'interprétation des textes, l'approfondissement de leur compréhension, la recherche sur la Parole pour mieux l'expliquer, reconnaître que l'approche historique est très importante permettent de  ne pas tomber dans le fondamentalisme qui prend la Parole à la lettre quelque soit l'époque. L'autorité de la Parole peut se confronter à d'autres autorités et aux lois civiles. Qu'est-ce qui est juste? Ce n'est pas parce que c'est légal que c'est moral! Les sujets les plus sensibles sont ceux qui touchent à l'humain, à la famille. La recherche du bien commun dans les relations avec les autorités est une longue tradition chez les chrétiens.

                Le maire de Dolus, Grégory Gendre quant à lui fait référence aux textes de la Constitution de 1958, à la déclaration universelle des droits de l'homme, à l'article 1er de la Constitution du 27 octobre 1946 qui nous dit:" La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale." Sont exposées aussi dans la Constitution les conditions nécessaires au développement de la famille ainsi que la nécessité d'une force publique pour le bien des citoyens. En tant que maire, l'élu s'engage à créer des liens entre des gens divers, voire très divers, à offrir des espaces géographiques à partager. Les liens, le lien en soi, le lien pour soi, le lien pour les autres, tout cela va entraîner le vivre ensemble, il faut s'assurer que ce vécu commun soit positif pour chacun. L'espace géographique se partage (peut-être plus nettement  sur l'île d'Oléron) entre les habitants de souche, les nouveaux et les gens de passage, cependant, il y a des lieux communs comme les archives, l'état civil, les listes électorales et aussi le fait que bientôt, peut-être, la population d'Oléron sera confrontée au "trait de côte". Pour la première fois au lieu d'avancer, d’aller toujours plus loin, plus vite, etc.., nous allons être obligés de reculer face à la montée des eaux.

                        Dans la commune, le maire a autorité, il est chef de la police municipale. Cette autorité est représentée physiquement dans l’hôtel de ville, Marianne, le drapeau national, le portrait du président de la République, l'écharpe tricolore, «    Liberté, égalité, fraternité    » et aussi tous les employés qui œuvrent au bien-être de tout le monde. Cette autorité est aussi morale, toute personne est à égalité devant la loi dans la confiance et le respect. Les textes fondateurs sont en évolution constante, la constitution ne sera sans doute plus exactement la même dans le futur. Il faut prendre le temps de partager ensemble, c'est un gage de sécurité.

                      Olivier Déaux reprend la parole avant de la donner aux auditeurs en formulant deux questions:" Comment arrive-t-on à vivre ensemble?" et " Comment prendre le rythme dans une société qui évolue?"

                    En conclusion, quelques phrases prononcées par les intervenants lors des réponses  aux questions posées. Ahmed Mih nous rappelle que le Coran, c'est la Parole de Dieu de A à Z, on ne peut rien toucher, rien modifier mais le musulman s'applique à respecter les règles du pays. Yonathan Lévy précise que chez soi, dans la sphère privée, on vit la Loi de Dieu mais en dehors, dans l'espace public, on vit la loi républicaine. Le Père Guillaume Salin nous rappelle que Paul nous dit d'être "soumis aux lois civiles", le chrétien participe à la vie publique ce qui l'oblige parfois à s'opposer par conviction religieuse à certaines évolutions de la société civile qui heurtent sa qualité de chrétien.

               Une affirmation est donnée dans l’auditoire, elle sera ma conclusion:" On demande aux religieux de se justifier mais on ne demande pas la même chose aux élus de la République".

                                                                                  Hélène Métreau