Table ronde sur la laïcité 4 juin

                       

                                                                   Quatre religions...

                                                                                                  ....un seul sujet : la laïcité

 

       Ce jeudi 4 juin, au château de la Gataudière, rendez-vous était donné par le groupe œcuménique de Marennes-Oléron à des représentants des religions catholique, juive, musulmane et protestante, non pour une rencontre religieuse mais pour parler de la laïcité. Le maire de Marennes, invité également, était présent en tant que politique et patricien de la laïcité dont il est chargé en tant qu'élu.

      La rencontre débute par le survol de l'histoire de la laïcité, de la Révolution à nos jours. Intervient alors Monsieur Goldberg, de la communauté juive, qui précise que le choix de la France d'adopter un pouvoir politique non religieux a permis à sa communauté de vivre sa foi en toute liberté. Que l'état reste neutre, ne reconnaisse aucun culte, que chaque citoyen ne cherche pas à faire prévaloir son culte par rapport aux autres, permet la coexistence de tous les membres de la nation quelque soit leur conception de Dieu. Il nous dit que les germes de la laïcité se trouvent dans le judaïsme lui-même. Dans la Genèse, on lit que le monde est créé en 6 jours par Dieu et le 7ème jour, jour de Sabbat est le jour du repos. Le 7ème jour, c'est aujourd'hui, Dieu s'est retiré du monde, le peuple est maintenant responsable de la paix (ou de la guerre). Dans le rituel du vendredi soir, on rappelle que Dieu a mis 6 jours à faire le monde et qu'ensuite, c'est à l'homme de faire, c'est une volonté de responsabilisation de l'homme lui-même. Dieu lui dit:" C'est à toi de t'occuper du monde". Deux questions importantes se posent alors: Qu'est-ce que je veux? Quelle est mon espérance?

      Ensuite, Monsieur Hamidi, de la communauté musulmane intervient et précise que la laïcité est une spécificité française qu'il respecte énormément, que c'est une chance pour la France. Dans l'histoire de l'Islam, il n'y a pas de conflit entre la religion et la liberté des scientifiques comme cela est arrivé à Galilée. Les gouvernements gèrent la société et les affaires religieuses, de même que par le passé, ils assuraient l'existence des autres religions. Monsieur Hamidi rappelle que si la laïcité a été une belle réalisation qui a permis aux catholiques, aux juifs, aux protestants de vivre leur foi, les différentes vagues d'immigration de musulmans ont emmené en France des personnes qui respectaient le jeûne, les interdits alimentaires et une manière de se vêtir et qui ne connaissaient pas cette façon de séparer la religion et l'état. La laïcité du début du siècle se retrouve alors obsolète d'autant, que cette immigration vient d'anciennes colonies françaises ce qui accentue les difficultés. Si le prosélytisme est interdit, il n'en est pas de même pour les signes d'appartenance, la différence ne doit pas faire peur, la grande majorité des musulmans ne veut rien imposer. Ils veulent simplement vivre leur foi sans signe ostentatoire, sans provocation, même si certains le font. Ils désirent une laïcité ouverte qui accepte la différence et non une laïcité qui veut effacer le cadre religieux.

      Parole est donnée à Olivier Déaux pour la communauté protestante. Il nous dit que dès le XVI ème siècle, Luther affirme qu'il n'est sûr, ni honnête d'agir contre sa conscience. La Réforme va anticiper le siècle des Lumières, va aider à se dégager de la tutelle religieuse. L'individu devient une personne, le pouvoir religieux est désacralisé, la vie publique peut se mener sans la religion. Mais, en même temps, le croyant est responsable de l'espace publique, il s'implique dans la vie du monde, il est comme sur un fil entre ciel et terre. Pour Olivier Déaux, l'espace publique est laïque, le monde ne doit pas être religieux, il n'y a pas de supériorité d'une croyance sur l'autre. L'état laïque est un socle pour l'ensemble des citoyens et accepte les représentations religieuses. Le débat n'est pas simple, mais nos apports pluriels doivent rendre le monde meilleur. Notre société se cherche, les réseaux sociaux, la rapidité des informations, la modernité apportent de la perturbation dans un monde qui change tellement vite qu'on a l'impression de ne plus rien maîtriser, ce qui entraine des crispations et des rejets.

      Albert Yon, prêtre retraité, nous dit sa joie de se rencontrer pour apprendre à vivre ensemble. Il rappelle les graves infidélités de l'église catholique, antisémitisme, inquisition, guerres de religion, pouvoir politique et nous donne la position actuelle de l'église catholique à travers un texte de l'évêque Georges Pontier. La laïcité n'est pas remise en cause, c'est le cadre respectueux de la liberté de conscience, liberté de croire ou ne pas croire. La laïcisation cependant essaie de cantonner le religieux à la sphère privée, elle apporte un jugement négatif sur les religions, mais on ne gagne rien à humilier une catégorie de citoyens. Notre société se fragilise, elle n'a pas d'idéal, seul l'individualisme moral et social est mis en avant. Pour mieux vivre ensemble, une meilleure connaissance de l'histoire des religions, de la philosophie est nécessaire pour dépasser les peurs dues à l'ignorance. Le dialogue interreligieux, le travail en commun, la réconciliation des mémoires doivent être privilégiés. Quelles valeurs communes voulons-nous partager? Comment coexister? Albert Yon nous propose de lire cet ouvrage:" Tous les chemins mènent à l'autre", coulisses d'un voyage enrichissant autour du monde, d'un catholique, d'un juif, d'un musulman, d'un athée et d'un agnostique.

     Le maire, Mickaël Vallet nous rappelle que la question n'est pas le principe de la laïcité mais la façon dont se comportent les religions par rapport à ce principe, principe qui est la condition du vivre ensemble et c'est là tout le génie français. La France n'est pas un territoire mais plusieurs essaimés aux quatre coins du globe, ce n'est pas un peuple mais une multitude de peuples qui ont fait le choix tout au long de l'histoire de constituer un Peuple. La laïcité permet de savoir où se situe l'universalisme contrairement au déterminisme car le déterminisme fondamental est le déterminisme social. Les difficultés économiques et sociétales exacerbent le différent religieux    , certains utilisent la laïcité pour cibler une religion et faire monter la peur. Il n'y a pas de définition claire du mot laïcité de même qu'il n'y a pas de traduction dans les autres langues. Le principe de la laïcité n'est pas obsolète, l'universalisme en est le cadre. Il ne faut pas vouloir rendre floue la frontière entre la culture et le religieux ainsi, en réponse aux participants de la Manif pour tous, la loi ne veut pas changer la Bible mais le code civil. La culture républicaine dit qu'on ne naît pas de rien, la République vient de la monarchie. Pour avoir une culture républicaine, il faut avoir une vision globale de tout cet ensemble et pour cela l'accent doit être mis sur l'éducation, sur la culture et l'histoire des idées religieuses.

     Viennent ensuite les questions auxquelles répondront les intervenants. Certains n'ont pas pu s'exprimer, d'autres l'ont pu mais le débat reste ouvert....

     "Ce temps de parole des 4 religions autour de la laïcité est un moment à savourer car là où  diversité rime le plus souvent avec rivalité, nous pouvons imaginer un état laïque commun et pluriel, un état où la différence n'est pas source d'opposition mais de composition", le titre et la conclusion sont inspirés de l'article d'Elena Lasida dans Le Pèlerin du 4 juin 2015.                      

                                                                                                            Hélène Métreau

 

crédit photos ci-après : Gérard Raybaud